Manuel d'utilisation Pizzicato 2.0 FR750 - Révision du 15 novembre 2001

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La composition musicale (3)

Notions enseignées :


Les accords constituent le point commun permettant aux différents instruments de jouer ensemble de manière harmonieuse. Nous allons voir de plus près comment ils sont constitués et comment on peut les enchaîner. Cette leçon ne prétend pas enseigner l'harmonie mais constitue un ensemble de principes utilisables pour comprendre et créer des progressions d'accords.

Qu'est-ce qu'un accord ?

On peut définir un accord de manière générale comme un contexte de quelques notes (2, 3, 4 ou même plus) qui sont entendues simultanément. Les rapports qui existent entre ces notes est ce qui caractérise la couleur sonore d'un accord (voir La composition musicale (1)).

En utilisant cette définition, n'importe quel groupe de notes peut être un accord. Néanmoins, pour qu'un accord sonne de manière harmonieuse, il faut que les notes qui le composent aient des éléments en commun, sans quoi l'accord sonnera comme un agrégat de notes dispersées plutôt qu'un tout harmonieux.

L'élément commun doit être cherché dans la manière dont les notes sont transmises de l'instrument à vos oreilles. Nous avions vu que le son est formé d'une vibration de l'air. En jouant deux notes simultanément, nous avons donc deux vibrations différentes qui se propagent jusqu'à l'auditeur et qui interfèrent l'une avec l'autre. En jouant par exemple deux Do séparés d'une octave, les vibrations obtenues sont le double l'une de l'autre. En jouant par exemple un Do et un Sol, les vibrations sont dans un rapport de 3/2. Do et Mi ont un rapport de plus ou moins 5/4, etc.

D'autre part, en écoutant divers accords et groupes de notes, on peut constater que certains donnent une impression très harmonieuse tandis que d'autres sont plus désagréables ou plus dissonants. Existe-t-il une règle permettant de mesurer ce degré d'harmonie ? Oui, c'est le degré de complexité des rapports mathématiques entre les sons d'un accord qui détermine le degré de dissonance de cet accord. En d'autres termes, des notes dans un rapport de 2 paraîtront plus "en accord" que des notes dans un rapport de 15/13. Cette règle est empirique et constitue un guide de base. Le goût du compositeur, en rapport avec ce qu'il veut exprimer, déterminera si oui ou non il veut utiliser tel ou tel accord dans sa composition, les notions d'harmonie ou de discordance étant elles-mêmes plutôt subjectives.

La tonalité et les accords

On peut voir le clavier musical comme une série de 12 touches (7 blanches et 5 noires) qui se répètent sur toute l'étendue. La composition musicale consiste alors simplement à déterminer quelles notes vont être jouées et comment celles-ci vont s'enchaîner dans le temps. En prenant le problème de cette manière, le nombre de possibilités étant tellement énorme, le débutant risque de se perdre complètement et de ne rien composer du tout. Utilisons donc le principe "diviser pour mieux régner" et divisons l'ensemble des notes en contextes appelés Tonalités.

La tonalité la plus simple est la tonalité de Do Majeur. C'est un sous-ensemble des notes du clavier qui ne contient que les touches blanches. Un morceau de musique (ou une partie d'un morceau) écrit en Do Majeur n'utilisera en principe que les notes blanches du clavier musical. Tous les instruments de la partition sont tombés d'accord sur un ensemble de notes à utiliser. C'est une première manière de diviser l'ensemble des notes, afin d'harmoniser les rapports entre les instruments. Nous établissons donc notre première règle de travail :

Dans l'ensemble de toutes les notes possibles, choisissons un sous-ensemble de notes avec lesquelles nous allons composer. Ce sous-ensemble devient notre contexte de notes utilisables et s'appelle la tonalité.

Les 12 tonalités majeures et mineures (voir la leçon sur les armures) forment des contextes de notes. Nous vous conseillons de les utiliser au début, car ces contextes sont assez bien codifiés au point de vue des accords. Une grande partie de la musique classique et de la variété est écrite en utilisant presque exclusivement ces contextes. Pour cette raison, ils sonnent très naturels et familiers, car c'est ce que la majorité des gens sont habitués à entendre. Il suffit d'ouvrir la radio pour entendre de la musique basée sur les tonalités. Rien ne vous empêche de définir de nouveaux contextes de notes et d'établir vos règles de travail.

En ayant créé un contexte de notes, nous obtenons des notes que les instruments peuvent utiliser dans un passage musical. Ce passage peut durer une mesure, 20 mesures ou même 200 mesures, c'est le compositeur qui décide. Ensuite il peut changer de contexte pour le passage musical qui suit. Cette première division n'indique pas encore quelles notes sonneront bien ensemble. Prenons la tonalité de Do Majeur. Notre contexte de notes est constitué par les notes suivantes :

Nous n'avons dessiné que les notes d'une octave, mais considérez que toutes les notes des octaves supérieures et inférieures sont également incorporées (toutes les touches blanches du piano).

Nous avions vu que les notes de la gamme sont numérotées en degrés, en partant de la note de départ de la gamme (ici Do pour la tonalité de Do majeur). On utilise des chiffres romains de I à VII et on reprend à partir de I pour la suite.

A l'intérieur d'une tonalité, il reste encore beaucoup de possibilités. L'expérience vous montrera qu'en jouant par exemple uniquement des touches blanches, il est encore assez difficile pour un débutant de créer des mélodies multiples qui s'harmonisent l'une avec l'autre (par exemple une basse et un chant, les deux mains d'un piano,...). Il reste encore trop de possibilités et il n'y a pas assez de règles directrices permettant de s'orienter. Nous allons encore diviser la tonalité en sous-groupes de notes appelés Accords.

Un accord est constitué de 3 ou 4 (ou même plus) notes qui sont entendues simultanément. Ils forment des sous-groupes à l'intérieur du contexte de la tonalité. Commençons par les groupes de trois notes et construisons sur chaque degré de la gamme un accord formé par des tierces consécutives (on prend une note sur deux parmi les notes blanches). Nous obtenons les accords suivants :

Etant donné que les touches noires du clavier ne sont pas réparties de manière égale (il n'y a pas de touche noire entre chaque note blanche), les rapports entre les notes des accords ne sont pas les mêmes sur chaque degré de la gamme. En analysant la répartition de chaque accord, vous trouverez 3 types différents (voyez La composition musicale (1)). En comptant les intervalles entre les touches noires et blanches, vous obtiendrez :

Notre seconde règle de travail s'énoncera comme suit :

A l'intérieur d'une tonalité (contexte de notes) et à chaque instant de la partition, les instruments joueront principalement des notes qui appartiennent au même accord, cet accord étant choisi parmi ceux de la tonalité (degrés I à VII).

Les deux règles énoncées sont basées sur le même principe : choisir un ensemble de notes parmi un grand nombre. L'application de ce principe se fait d'abord pour un contexte de notes (valable pour un nombre variable de mesures) et ensuite à l'intérieur même de ce contexte pour déterminer les combinaisons de notes simultanées.

En établissant des règles de composition, gardons bien à l'esprit que celles-ci ne sont là que pour vous aider à structurer votre musique. Elles ne doivent en aucun cas devenir une contrainte à respecter de manière absolue. Elles ne constituent pas une fin en soi. Elles forment un guide, une méthode pratique qui donne des résultats rapides pour trier les combinaisons sonores possibles. Si l'inspiration vous indique une combinaison sonore que vous aimez et qui communique ce que vous désirez, utilisez-la sans hésiter, même si cette combinaison ne respecte aucune des règles énoncées. Ceci reste valable pour toutes les leçons sur la composition.

En établissant des accords de 4 sons sur les degrés de la gamme, nous obtenons d'autres sous-contextes de notes, ces notes faisant partie du contexte principal de Do Majeur :

En analysant les intervalles séparant les notes de chaque accord, vous trouverez 4 types d'accords :

A chaque tonalité majeure est associée une tonalité mineure. Il suffit de prendre le sixième degré (VI) de la gamme majeure et de construire une nouvelle gamme sur cette note. La gamme mineure associée à Do Majeur est la gamme construite sur La (degré VI de Do Majeur) et s'appelle La mineur. Elle contient le même contexte de notes mais possède d'autres particularités sonores. Voici la gamme de La mineur :

Les degrés sont numérotés à partir du La. Comme vous pouvez le constater, on hausse parfois les degrés VI et surtout VII dans une gamme mineure. C'est une particularité propre au mineur. Ces altérations sont surtout rencontrées lorsqu'une mélodie joue la gamme en montant. En descendant, la mélodie utilisera à nouveau les notes non altérées. Cet aspect contribue à donner sa couleur à une gamme mineure. A part cela, nous pouvons voir que le contexte des notes utilisées est le même que pour Do Majeur. Il est possible de construire des accords de la même manière qu'avec la gamme majeure. Ceux-ci seront toutefois répartis de manière différente, car les intervalles sont disposés autrement.

En travaillant avec une gamme, tous les degrés n'ont pas la même importance. Le degré I est le plus important car c'est le degré sur lequel la gamme est construite. Ensuite, c'est le degré V, car sa vitesse de vibration sonore est dans un rapport de 3/2 par rapport au premier degré. Ensuite c'est le degré IV, qui a un rapport de 4/3. Ensuite viennent les degrés II, III, VI et VII qui ont un rapport de plus en plus éloigné avec le premier degré.

L'importance relative des degrés de la gamme va influencer la fréquence d'utilisation de ces degrés. Le discours musical s'orientera principalement autour des degrés les plus importants (I, V et IV). Ces degrés pourront servir de points d'appui pour la mélodie et pour le rythme. Les degrés moins importants seront utilisés plus comme un passage ou une transition. A nouveau, ces règles sont plutôt des tendances que des lois immuables.

Nous allons maintenant effectuer quelques exercices pratiques pour vous rendre compte du résultat sonore des accords.

Nous avions vu que les documents Librairie d'accords - 1.piz et Librairie d'accords - 2.piz contiennent des accords classés par types, avec pour chacun d'eux l'accord construit sur toutes les touches blanches et noires. Comme nous venons de l'expliquer, les accords peuvent être considérés comme des subdivisions de la tonalité. En composant un passage musical dans une tonalité, il serait donc plus logique de classer les accords par leur appartenance à une tonalité. C'est ce que le document Accords par tonalité.piz propose pour 5 tonalités majeures et les 5 tonalités mineures correspondantes. Ouvrez ce document qui se trouve dans le dossier Librairies. Sa vue principale se présente comme suit :

Les 5 tonalités les plus simples ont été choisies. La colonne centrale contient Do Majeur (pas d'altérations à l'armure) et La mineur qui lui est associé. La colonne juste à gauche est Fa Majeur (1 bémol à l'armure) associée à Ré mineur. Plus à gauche, c'est Si b Majeur (2 bémols à l'armure) et Sol mineur. La quatrième colonne contient Sol Majeur (1 dièse à l'armure) et Mi mineur. Enfin, la cinquième colonne contient Ré Majeur (2 dièses à l'armure) et Si mineur.

Chaque colonne contient 4 dossiers différents. Le premier contient les accords de 3 sons construits sur les 7 degrés de la gamme majeure. Le suivant contient les accords de 4 sons construits sur les 7 degrés de la gamme majeure. Les deux suivants sont similaires mais construits sur les degrés de la gamme mineure.

Pour chaque tonalité (5 majeures et 5 mineures), vous disposez donc de deux dossiers contenant les accords de 3 et 4 sons respectivement.

Effectuez un double clic sur Extrait 1. La vue partition apparaît dans le bas de l'écran. La première mesure contient un élément de librairie rythmique (invisible) d'une ronde répétée à l'infini. Il suffit d'y glisser un dossier d'accords pour que les 7 mesures se complètent automatiquement avec les accords des 7 degrés de la gamme.

Glissez un des dossiers dans la mesure 1 et observez les notes qui composent les accords. Ecoutez le résultat sonore et utilisez la fenêtre clavier pour visualiser les touches. Faites de même avec les autres dossiers et observez chaque fois les faits suivants :

Fermez ensuite la partition et ouvrez la vue partition de l'Extrait 2. Voici comment la partition se présente :

Attention ! Vous allez maintenant commencer à composer !

L'exercice suivant a pour but de vous montrer par la pratique qu'en créant une mélodie avec les notes d'un accord, cette mélodie va toujours sonner de manière harmonieuse avec l'accord.

Réalisez les étapes suivantes avec plusieurs des dossiers d'accords (majeur ou mineur, 3 ou 4 sons), jusqu'à ce que vous puissiez le faire facilement et que vous ayez pu vous rendre compte de ce qui vient d'être dit.

Enchaîner des accords

Dans le courant d'un morceau, les instruments sont coordonnés par une progression d'accords. C'est le fil directeur qui les guide. La progression d'accords précise quels accords vont se succéder et pendant combien de temps chaque accord sera maintenu.

En passant d'un accord à l'autre, c'est donc le contexte des notes qui change (même si l'on reste dans la même tonalité). La mélodie suivra en prenant ses points de repère sur les accords.

Les deux exercices précédents ont utilisé les degrés de la gamme dans l'ordre. Voici quelques règles qui peuvent servir de base pour établir des progressions d'accords plus intéressantes. Nous les utiliserons ensuite avec des exercices pratiques.

Enchaînez des accords qui ont un trait commun

Ce trait commun peut être par exemple :

Ce lien commun fera la transition entre deux accords successifs et donnera l'impression à l'auditeur que ces deux accords sont vraiment faits pour bien s'entendre et s'enchaîner, même si l'auditeur ne sait pas vraiment expliquer d'où vient ce lien.

Structurer un morceau de musique, c'est un peu comme construire une phrase en français. Vous disposez d'un grand nombre de mots et vous devez les agencer de manière à ce qu'ils forment un sens qui communique ce que vous voulez. Placer des accords au hasard, sans tenir compte d'un contexte de notes et des liens qui les relient reviendrait à construire une phrase en prenant des mots au hasard dans le dictionnaire. La phrase n'aurait aucune cohérence.

V I     Sol => Do en Do Majeur
        Mi => La en La mineur
        ...
IV V I   Fa => Sol => Do en Do Majeur
        Ré => Mi => La en La mineur
        ...
II V I   Ré => Sol => Do en Do Majeur
        Si => Mi => La en La mineur
        ...
VI IV V I La => Fa => Sol => Do en Do Majeur
        Fa => Ré => Mi => La en La mineur
        ...
II IV V I Ré => Fa => Sol => Do en Do Majeur
        Si => Ré => Mi => La en La mineur
        ...

Ces séquences d'accords sont appelées des cadences. Elles ont tendance à affirmer la tonalité. Remarquez que la majorité des degrés impliqués sont les plus importants.

Prenons un exemple simple. Vous effectuez une cadence IV - V - I en Do Majeur, ce qui donne des accords construits sur les notes Fa - Sol - Do. Pour continuer votre progression, vous pouvez observer que l'accord Do Maj se trouve également dans la tonalité de Sol Majeur où il est placé sur le degré IV. Vous pouvez donc reprendre une cadence IV - V - I en Sol Majeur, ce qui donnerait :

  Fa Sol Do Sol
Ton de Do Majeur IV V I    
Ton de Sol Majeur     IV V I

L'accord construit sur le Do constitue la transition entre les deux tonalités.

Vous pouvez utiliser un seul accord d'une tonalité et puis directement revenir à la tonalité d'origine. On parlera d'un accord emprunté à une autre tonalité. Vous pouvez également effectuer un changement complet et rester dans la nouvelle tonalité. Il s'agit alors d'une modulation.

Rien ne vous empêche de passer très souvent d'une tonalité à l'autre. Si vous désirez affirmer une tonalité, vous devrez utiliser plus qu'un seul accord de celle-ci. Pour cela, le plus facile est d'utiliser une des cadences, le minimum étant la transition V - I car c'est elle qui établit le mieux une tonalité.

Passons maintenant à quelques exercices pour créer des progressions d'accords.

Créez entre 5 à 10 dossiers de ce genre, avec diverses tonalités. Ecoutez chaque fois le résultat sonore et repérez les passages que vous trouvez particulièrement harmonieux. Pour cet exercice et les suivants, nous vous recommandons d'enregistrer ces dossiers dans un document séparé. Pour cela il vous suffit de :

Ces progressions d'accords vous seront utiles pour la suite des exercices, lorsque l'on y ajoutera des mélodies et des rythmes.

Afin de vous faciliter la tâche pour repérer les accords ayant des notes en commun, nous vous conseillons d'imprimer sur papier l'extrait 1 avec le dossier des accords de la tonalité choisie.

  • entre la tonalité majeure et la tonalité mineure associée,
  • entre deux colonnes successives (dans ce cas les tonalités n'ont qu'une seule note qui les distingue et ont donc 6 notes communes et plusieurs accords en commun).

Les exercices proposés ici concernent uniquement l'aspect d'enchaînement des différents types d'accords. Nous verrons à la leçon prochaine que vous pouvez modifier la position d'un accord, c'est-à-dire la manière dont les notes de l'accord sont réparties. Cette possibilité vous permettra de créer des progressions plus agréables et d'enrichir les effets sonores. N'hésitez pas à passer du temps sur ces exercices car c'est la pratique intensive qui vous amènera à mieux repérer et utiliser les enchaînements les plus adéquats à ce que vous voulez exprimer.


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